#MeToo

MeToo

Il est temps de faire mon coming out.

Non pas au sens de mon orientation sexuelle qui est d’une banalité consternante [oui, bref, ce n’est pas le sujet], mais au sens de parler ouvertement des violences. Et plus particulièrement de violences sexuelles.

De le faire sans violence.

Ce texte s’adresse donc à qui se sent concerné par le sujet, de près ou de loin.

Pour rappel, la violence se présente sous cinq formes: économique, physique, psychologique, sexuelle, verbale. Formes bien distinctes que j’ignorais moi-même jusqu’à peu et qui, me semble-t-il, restent encore peu connues du grand public de manière générale. Or, comment sortir du labyrinthe des violences sans d’abord avoir conscience d’en être prisonnier?

Ce texte ne s’adresse pas aux spectateurs confortablement assis dans les gradins pour commenter ou critiquer celles et ceux qui luttent courageusement dans l’arène (merci Brené Brown pour l’image).

Aussi, si vous êtes sensible – et même si vous ne l’êtes pas –, je vous invite à respirer une fois profondément, puis à vous demander à vous-même :

  • Ai-je envie de découvrir une telle histoire ?
  • Suis-je prêt-e à me plonger dans un tel sujet ?
  • Est-ce le bon moment pour moi de le faire, là tout de suite ?

Si vous n’êtes pas sûr-e, je vous encourage à remettre cette lecture à un moment opportun. C’est-à-dire un moment que vous aurez vous-même choisi.

Aussi, peut-être nous connaissons-nous. Dans quel cas l’image que vous avez de moi risque fort de changer. Pour le meilleur ou pour le pire, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’il ne sera pas possible de revenir en arrière.

Préambule

Parler des violences sexuelles en tant que telles ne m’intéresse pas. Il s’agit ici d’une étape nécessaire pour poser les bases sur lesquelles bâtir la suite.

La suite, c’est la résilience.

Un de ces précieux termes hélas aujourd’hui galvaudé.

Comme tous les mots-clés qui me concernent d’ailleurs, mais c’est une autre histoire.

A noter que parler de violences sexuelles n’est pas un problème pour moi.

Mon grand problème, c’est que « ça ne se fait pas ».

Et pour cause. Personne ne sait vraiment comment faire avec tout ça.

J’inclus dans le lot une partie des professionnels pourtant considérés comme experts en la matière.

Quasiment tous ceux que je suis allée trouver, pour ma part.

Heureusement, d’autres ont plus de chance que moi: merci de ne pas faire de mon cas une généralité.

Levée de rideau

J’ai vécu des violences sexuelles lorsque j’étais enfant. Lorsque j’étais adolescente. Lorsque j’étais adulte.

Dans la sphère privée, dans les relations de couple, dans la vie sociale, dans le monde professionnel.

Chez moi. Au travail. Dans la rue. Dans des lieux publics.

Pour faire un grossier résumé, ma vie a été une suite de violences perpétuées par plusieurs dizaines de personnes différentes. Professeurs, patrons, collègues, directeurs de formation, amis d’amis, petits amis, partenaires, voire d’illustres inconnus.

Moi, je pensais que c’était comme ça. Que le monde était ainsi. Que les relations humaines étaient ainsi faites.

Que la seule chose que je pouvais faire, c’était de trouver comment rester en vie au milieu de ce vaste chaos.

Si possible sans sombrer dans la folie.

Contexte à trous

Cette vision du monde parsemée de trous noirs ne venait pas de nulle part.

J’ai été élevée par deux parent dont un qui ne me supportait pas. Au sens propre comme au sens figuré: ma présence lui était insupportable / il ne m’apportait aucun soutien. Intransigeance, intolérance, exigences très hautes: je n’avais qu’à me débrouiller moi-même. Aussi, il était sujet à de violents accès de colère qu’il ignorait lui-même. Il était allergique à moi. Non que c’ait été voulu, c’était épidermique.

Trouver comment sortir du cachot de terreur dans lequel j’ai vécu enfermée dès mon enfance m’a pris toute ma vie, soit plusieurs décennies.

A noter que j’aurais aussi pu ne jamais y arriver.

Quant à mon autre parent, sa seule réaction au moment de lui communiquer ce souvenir ressurgi après une douzaine d’années d’oubli total, celui d’avoir vécu des violences sexuelles lorsque j’étais une jeune enfant, a été de me dire « Quelque chose en toi a permis ça ». Pas un mot réconfortant, pas un geste, pas de main posée sur la mienne ni de bras autour de moi pour me dire « Je suis là ». Même si je savais que ça ne voulait pas dire ce que ça avait l’air de vouloir dire, cette réponse – qui en elle-même a provoqué un nouveau trauma important – donne une idée assez précise de l’insécurité psychologique avec laquelle j’ai dû trouver comment composer.

A noter qu’aujourd’hui, 25 ans plus tard, j’ai compris combien personne n’est outillé pour « bien » réagir à ce genre d’annonce. En particulier lorsque l’annonce est faite par un proche. En effet, apprendre qu’un proche a vécu quelque chose de terrible fait trop mal d’une part et renvoie trop fort à une insoutenable impuissance d’autre part. Sans parler de la peur que cela provoque ou des miroirs que cela tend.

Ceci provoque ce que j’appelle « une double peine » pour les victimes. Avoir subi un ou des traumatismes, devoir vivre avec ET ne pas pouvoir en parler à son entourage sous peine de le traumatiser, lui.

Voire d’essuyer les foudres en retour, car ce genre de révélation est par essence irrecevable.

Oublier pour survivre

Retour au moment de cette première agression sexuelle. Les mécaniques salvatrices de dissociation et d’amnésie s’étant activées pour ma survie psychique, celles-ci sont ensuite devenues chroniques. Avec pour conséquence de me construire non pas à l’endroit, mais à l’envers. Quelque part, c’est comme si mes références au bonheur et au malheur avait été inversées.

Ce dont je suis longtemps restées inconsciente.

Alors vivre pendant plus de 35 ans une ou plusieurs fois des attouchements, des agressions physiques et verbales, du harcèlement scolaire, du harcèlement de rue, du harcèlement sexuel au travail, du harcèlement moral, des violences conjugales, du chantage, des tortures physiques et psychiques, des viols ponctuels ou récurrents, des coups, des menaces de mort, de la séquestration, de l’impuissance policière, des failles du système judicaire, des années à me planquer – tout en bâtissant ma vie d’indépendante – puis à me reconstruire, sans trouver aucune aide valable ni personne qui me parle de syndrome de stress post-traumatique complexe jusqu’à ce que je le découvre moi-même en 2015, n’a pas été une mince affaire.

Pourtant, il me semble à postériori qu’il y avait quelques indices

Aussi, le jour où j’ai fait une formation en psychopathologie, elle m’a semblé retracer l’histoire de mes différentes relations de couple. En gros, j’avais appris le DSM [Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux et des troubles psychiatriques] de manière empirique, encore une fois sans le savoir.

Il était temps d’en sortir.

De la survie à la vie

Puis j’ai eu la chance improbable de commencer un suivi avec celui qui, je l’ignorais encore, avait la clé pour m’aider à sortir de ce labyrinthe infernal et que je baptiserais volontiers L’homme qui murmurait à l’oreille du système nerveux.

Ce n’est qu’après l’avoir consulté pendant quelques années que j’ai réalisé qu’il ne savait rien de ce que j’avais vécu. Et si je dressais une liste de mes traumas pour la lui communiquer?

Mais… concrètement, que suis-je censée considérer comme un trauma???

Après avoir mené une grande enquête tant pour le définir que pour en recenser un maximum d’exemples malgré ma mémoire défaillante, j’ai pris conscience que je n’avais pas passé une seule année sans un trauma majeur depuis ma petite enfance.

Ah.

Si j’étais encore là, c’est donc que j’avais des ressources m’a dit mon thérapeute avant de m’inviter à en dresser là aussi la liste, réponse lumineuse à la première liste sombre que je lui avais amenée comme s’il s’agissait d’une simple liste de courses. J’avais  imaginé l’inverse: étonnamment, identifier mes ressources a sans aucun doute été l’un des exercices les plus longs, difficiles et terribles que j’ai eu à faire. Et l’un des plus réparateurs, aussi.

Pas si absurde, à l’arrivée: mes traumas m’étaient familiers alors que mes ressources m’étaient totalement inconnues.

Parfois, des gens me disent d’un air blasé « Oui mais toi, tu es tellement positive… » en faisant une espèce de moue avant de soupirer, comme si j’avais gagné du positivisme éternel au grand Lotto de la vie.

Alors non, je ne suis pas positive.

Je suis une survivante.

Ce qui est très différent.

Sortir du silence

Chaque jour passé en-dehors de cet interminable enfer est un miracle pour moi.

Chaque jour de vie après tant d’années de survie est une occasion de me comporter, avec moi-même comme avec les autres, de la manière qui me rapproche de plus en plus de ce qui me semble avoir de la valeur, comme le fait d’avoir le courage de s’exprimer.

Histoire de donner de la valeur à chaque journée.

Certes, je m’extasiais déjà devant la beauté invisible de la Vie étant petite. Ce qui m’a sauvée. Et qui continue de le faire parce que, il faut le dire, la vie peut quand même être vachement moche.

Vivement qu’on nous le dise dès la maternelle.

Alors, jusqu’à ce que ce soit le cas, je trouve essentiel de contribuer à ma mesure à sortir de ce monde de non-dits dans lequel nous vivons.

Le monde a besoin de sortir du silence.

Des silences.

Des tabous.

Des non-dits.

Ils sont à mon sens la source de tous les maux.

Tous.

Or, les mots sont l’antidote des maux.

Ce qui ne signifie pas dire n’importe quoi.

Ni n’importe comment.

Ni à n’importe qui.

Ni n’importe quand.

Surtout, ça ne veut pas dire devoir parler.

Et maintenant?

Soyons clairs, je prêche pour ma propre paroisse dans le sens que le métier que j’exerce repose sur ce simple principe: « nous ne pouvons agir que sur ce dont nous sommes conscients ».

Amener de la conscience, de la clarté, nommer les choses, pouvoir les [re]connaître: voilà ce qui me semble essentiel.

Un luxe que peu de gens peuvent se permettre, dans la réalité de la vie de tous les jours.

Nos sociétés ultra connectées manquent du plus important en vivant dans l’illusion d’avoir accès à tout, tout le temps [et en particulier à ce qu’ils n’ont pas, créant des manques sans fin]: le temps, précisément.

Le temps de prendre du recul. Le temps de l’introspection. Le temps de la remise en question. Le temps de se poser d’importantes questions.

Le temps d’apprendre ce que les générations passées n’ont pas appris. Le temps nécessaire pour trier nos héritages afin de cesser de reproduire les mêmes mécaniques, de garder les mêmes sujets tabous [bien qu’ils changent de costumes d’époque en époque] et les mêmes non-dits, de reprendre les mêmes stratégies destructrices qui ont pour but de maintenir en place la dictature du silence.

Est donc venu le moment pour moi de donner forme à ma contribution. En trempant ma plume dans mon vécu comme dans les milliers d’heures d’accompagnements d’adultes, d’adolescents et de pré-adolescents qui ne sont probablement pas venus me voir par hasard, je prévois l’écriture d’un livre non ordinaire en 2022.

Celui-ci sera en effet composé de plusieurs parties qui pourront être consultées indépendamment les unes des autres selon les envies, besoins et rythmes de chacun. Une partie autobiographique pour mettre des mots sur ce qui n’est quasiment jamais nommé, de manière saine et informative. Une autre qui donnera des clés de lecture et de compréhension de manière très accessible. Une troisième avec des propositions d’action, des modèles d’application desquels s’inpirer, des modes d’emploi qui proposent sans rien imposer.

Note importante: ma démarche de rendre publics ces non-dits suit ma reconstruction, elle ne la précède pas, ni n’en est le moyen. C’est parce j’ai trouvé la porte de sortie, entre autres après plusieurs thérapies, que je peux maintenant me mettre à communiquer ouvertement. Et bien que j’aurais préféré ne surtout pas parler de moi, j’ai compris au fil du temps qu’il n’y avait aucune alternative possible. Un de ces nombreux paradoxes humains: c’est vraisemblablement dans la plus grande proximité avec l’intime que se trouve la plus grande proximité avec l’universel. Aussi, pointer du doigt quelqu’un ou quelque chose n’a pour moi aucun intérêt, ni d’être contre qui ou quoi que ce soit. J’aborde ce projet de livre de manière constructive, novatrice, avec joie et une certaine légèreté, ce qui est quand même assez cocasse étant donné les thématiques dont il y sera question.

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Rendez-vous dans un autre monde ou dans une autre vie
Une autre chance, une seconde chance et tant pis pour celle-ci
Et puis rire à périr, mais rire aujourd’hui
Rendez-vous quelque part entre ailleurs et l’infini

Paroles: Dans un autre monde, Céline Dion | Paroliers: Jean-Jacques Goldman / Eric Benzi

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Cette vidéo permet de comprendre de manière joliment illustrée comment se connecter à sa propre empathie pour offrir un espace sécurisant à l'autre plutôt que de vouloir faire quelque chose pour l'aider ou le sauver - ce qui, dans les faits, l'isole et ne sert qu'à rester soi-même en sécurité.
Je trouve cette vidéo aussi courte qu'efficace. Cependant, comme souvent pour tout ce qui concerne le vocabulaire et/ou les traductions, il y a des raccourcis erronés. Ainsi, même si nous avons pour habitude de traduire "sympathy" par sympathie (ce qui paraît assez évident de prime abord), Brené Brown parle ici de pitié.
Comme tout est source massive d’informations et de stimuli au niveau de chacun des sens chez moi (ça s’appelle l’hyperesthésie), mes journées sont autant de boules à neige secouées plus ou moins fort.
Sélectionnée pour participer à la formation The Daring Way™ au Texas, j’ai été invitée à analyser et éprouver chaque livre de Brené Brown avant d'y aller. Voici le récit de la formation en présentiel, formation pendant laquelle mes lectures m’ont été grandement utiles.

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